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Rue Croix des Teinturiers, Châlons en Champagne

Pont Putte Savate => ChalonsUne des rues commençant au bas de la rue d’Orfeuil, aujourd’hui appelée de la Croix-des-Teinturiers, portait d’ancienneté le nom de rue du Pont-de-Putte-Savatte (1295). Elle prenait son nom du pont assis sur la rivière et qui était ainsi baptisé, expression qui, même dans les actes dressés par l’official, n’était jamais latinisée : Domum sitam prope ponlem de Putte-Savatte (1348).À l’entrée de cette rue et faisant retour vers celle de la Bassinerie existait une maison où pendait pour enseigne le Cygne (1555-1590). A côté était une maison de bains ou étuves touchant à une petite ruelle aujourd’hui condamnée, jadis appelée la ruelle aux Planches. Domum silam prope pontem de Putte-Savatte cum balneis, stufis et curia ipsius domus usque ripparia Materne ex una parle et vico ad Planchias ex altera (1348).A côté encore el touchant à cette même ruelle était une autre maison où pendait pour enseigne l’Ymage Saint- Nicolas (1542), et une autre portant pour enseigne le Broquart (1592).

De chaque côté du pont, des maisons étaient établies, soutenues par derrière et au-dessus de l’eau par des pieux enfoncés dans la rivière. Il y en avait six en 1392, sur lesquelles l’évêque percevait un cens. Parmi les occupants était un nommé Jean Petit, orfèvre.

En 1543, une de ces maisons portait pour enseigne la Chicheface, nom dont la signification exacte nous échappe. Ce pont était encore dans le même état en 1826; c’est à cette époque que les maisons furent démolies pour ne plus être reconstruites et le pont refait à une seule arche de pierre.

Froissart, dans ses chroniques, rapporte qu’en 1358 Châlons fut l’objet d’une surprise tentée par Pierre Daudelle, commandant la forteresse de Beaufort qui, avec ses hommes, escalada les murs du côté de Saint-Pierre et pénétra dans la ville. « Les bourgeois se réunirent, dit le chroniqueur, repoussèrent l’ennemi jusqu’au pont et coupèrent le grand, et leur valut grandement. Là ont à ce pont rué et lancé et trait escarmouché, et fait maintes apertises d’armes… » Il est difficile, sur ces seules indications, de déterminer le lieu où se passa l’affaire. On a parlé du pont des Chanviers, ailleurs du pont des Chaumières (1), du pont de Pulte-Savatte et aussi du pont des Cordeliers. Ce point n’est pas du tout éclairci.

Le pont des Chaumières n’a jamais existé, et si l’on a voulu parlé du pont des Chanviers, il est trop éloigné de celui de Putte-Savatte pour que le sacrifice de l’un ait pu contribuer à la défense de l’autre. Il faudrait plutôt croire que l’action se passa près de l’église Notre-Dame-en-Vaux, où il existait deux ponts très rapprochés, l’un dit de Vaux ou des Trois-Moulins et l’autre dit de la rue de Reims, alors placé à l’entrée de la rue Saint- Jacques (2).

Au-delà du pont et jusqu’à la rue Sainte-Croix d’un côté et celle de la Gravière de l’autre, la rue conservait le nom de Putte-Savatte. Cependant les dernières maisons du côté gauche sont le plus souvent désignées dans les contrats comme situées près ou au-devant de la croix des teinturiers (1441, 1554, 1627).

Cette croix était placée au milieu du carrefour, dans l’axe de la rue Sainle-Croix ; ce n’est qu’en 1745 que, pour les besoins de la circulation, elle fut reportée contre une des maisons de la rue Saint-Nicaise, en face du débouché de la rue de la Gravière. On ne sait pas à quelle époque cette croix fut érigée ; elle existait dès le XIII° siècle.

À droite, non loin de la croix des teinturiers, était une maison appelée d’ancienneté la Muce (1472), parce que jadis elle avait appartenu a un nommé La Muce, marchand pelletier. Mais à partir de 1524 ce nom s’altéra, el elle devint la maison de la Muse (1524-1776).

A gauche était la maison de l’Eschiquier (1472), et à côté une hôlellerie importante se prolongeant par derrière jusqu’à une ruelle descendant à la rivière, alors appelée la ruelle aux Grosses-Planches, aujourd’hui des Mégissiers, et faisant retour sur la rue de la Gravière. On l’appelail la maison du Boeuf (1445-1597). Elle appartenait d’ancienneté au chapitre de Saint-Etienne, et fut remise à neuf en 1445 à l’aide des cent écus d’or laissés au chapitre par Pierre Cauchon, chanoine de Châlons en 1413, grand archidiacre en 1418, et ensuite évêque de Beauvais et de Lisieux.

On lit en effet dans l’obituaire de la cathédrale, sous la date du 11 d’avril « III idus aprilis ; obiit reverendissimus in Christo pater et dominus Petrus Cauchon, dum viveret episcopus Lexoviensis et per antea episcopus Belvacensis, quondam hujus ecclesie archidiaconus et canonicus, pro quo executores dicli R. P. nobis dederunt centum scula auri de cygno Franciae que recepimus et eadem in reparatione domus ad bovem site ante crucem tinturiatorum ecclesie nostre… ». Cet hôtel aux Boeufs paraît s’être composé des maisons qui portent actuellement les N° 25, 27 et 29. Une partie de la maison élait, en 1606-1618, louée à un hôtelier qui y plaça l’enseigne de la Croix-d’Or.

 

(1) Le pont des Chaumières n’a jamais existé. C’est le pont des Chanvicrs, souvent appelé des Chanvières.

(2) … Pomtem qui. dicitur trium motendinorum usque ad pontem in vico remensi. (Ordo de Notre-Dame-on-Vaux, 1217). M. Chalette, dans sa Statistique de Châlons (Annuaire de la Marne, 1832 p. 56), dit que le pont de Vaux fut le théâtre de l’action. Nous le pensons aussi.

1 commentaire
  1. Lecture très intéressante merci

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Bibliographie

Ouvrages utilisés sur ce site :
  • Histoire de la Ville de Châlons Sur Marne et ses monuments – L. Barbat (1854)
  • Topograhie Historique de la ville de Châlons-Sur-Marne – L. Grignon (1889)