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Le Marché au blé, la foire des Sannes

Si l’on quitte la grande rue ou rue de Marne vers son extrémité supérieure, on entre dans la rue des Lombards. Cette rue, quoique portant d’ancienneté ce même nom, est souvent désignée d’une façon différente dans les actes anciens ; tantôt on l’appelle : rue allant de la Loge au marché (1567), rue devant Saint-Alpin (1569), rue tirant à la Loge appelée la rue des Lombards (1559), rue du Marché (1535).

Panneau de rue - Rue des Lombards

C’est ce dernier nom qu’elle portait en 1789; un compte de cette année dit en effet : rue des Lombards, aujourd’hui du Marché. Son premier nom lui a été rendu. C’est aujourd’hui comme autrefois la rue des Lombards.

Il est à croire qu’elle fut ainsi nommée à l’origine à cause des Lombards, changeurs, prêteurs sur gages ou usuriers qui l’habitaient, ce dont on ne trouve cependant à Châlons aucune trace écrite ; mais ils furent si souvent bannis, chassés du royaume et dépouillés, qu’il n’est pas surprenant qu’il ne soit resté d’eux que le nom.

Le seul monument qui existe clans cette rue est l’église Saint-Alpin, qui ne fut d’abord qu’une simple chapelle dédiée à saint André. On ne sait pas en quel temps cette chapelle fut établie; et, comme on ne sait rien de cette fondation, on l’attribue naturellement à saint Memmie, premier évêque de Châlons.
Sur la façade de l'Eglise Saint-Alpin

Elle fut plus tard placée sous le vocable de saint Alpin, quand le corps de cet évêque, qui avait été inhumé à Baye, y fut déposé par ordre de l’évêque Erchanraüs (860).

Elle fut reconstruite en entier et agrandie vers 1136. L’évêque Geoffroy, auquel on attribue cette reconstruction, s’empara, dit-on, d’une place située au-devant de l’église où se tenait la foire des Sannes. Ceci a quelque apparence de vérité, attendu que, dans la charte du roi Robert, datée de 1028, qui confirme la donation faite de celle église à l’abbaye de Saint-Pierre-aux-Monts par l’évêque Roger 1er, il est dit que l’abbaye aura aussi le revenu des marchandises qui se vendent sur le parvis de celte église : in atrio ejusdem ecclesie venundate mercis. Il s’y tenait donc, dès l’an 1028, soit une foire, soit un marché.

Si l’église, ou du moins le centre du portail et les nefs sont du XIIe siècle, on y aperçoit bien des additions ou réfections postérieures ; le choeur, l’intertransept, le déambulatoire et le clocher sont du XVe siècle. Les chapelles ouvertes dans le bas côté sud, le transept sud et les deux portes latérales du portail sont de style renaissance, c’est-à-dire du XVIe siècle. Cette église possède de très beaux vitraux coloriés et des grisailles du XVIe siècle d’une ampleur et d’un faire magnifiques.

On y voit aussi d’excellents tableaux : deux copies de Palmo représentant l’Arrestation de Jésus au jardin des Oliviers el la Flagellation ; un portement de croix dans la manière du Pérugin ; une copie du tableau de Ph. de Champagne, les Pèlerins d’Emmaiis ; une grande toile de Restout représentant saint Augustin, et un tableau à fond doré sur lequel est peint un Christ entre deux bourreaux ; cette oeuvre est de Giacomo Ligozzi, peintre des ducs de Toscane (1543-1629), élève de Véronèse.

Sans entrer dans plus de détails au sujet de ce monument qui a été étudié à part (1), nous croyons cependant devoir citer un document tout à fait inédit relatif à une construction élevée contre cette église en 1533, et dont mention n’a été faite par personne.

(1) Nous renvoyons le lecteur, pour le détail de l’architecture des vitraux et des tableaux, à la Description et Historique de l’église Saint-Alpin que nous avons publié en 1878 en un vol. in-8°. Chàlons, Martin éditeur.

Côté de porte - Eglise Saint-AlpinLe 19 mars 1533, Henry Delahaye et Gauthier Bilîet, héritiers et exécuteurs du testament de feu Pierre Delahaye et de feue Martine, sa femme, passèrent un marché avec Louis Masquillot, tailleur de pierres à Châlons, par lequel celui-ci s’engagea

« à bien et deuemenl faire et parfaire ung épitaphe de pierre de brouillon pour mettre et apposer contre le sacraire de l’église Saint-Alpin dudit Chaalons ; lequel épitaphe aura en hauteur unze à douze pieds et en largeur neuf piedz comme la place le requiert, faicte à l’anticque selon le pourtraict à luy exhibé par les dessusdits, au meilleu duquel y aura ung ymaige de Jésus en son giron, et au costé d’icelle une ymaige de saint Pierre, ung priant de grant stature et quatre petitz prians après luy ; et au costé senestre une ymaige de saint Martin de semblable hauteur, tenant une priante et quatre petites après elle, et au-dessus des deux pilliers et anticque, sur chascun ung ange tenant ung escusson en la main, et au-dessus ung aultre ange ou ymaige selon que le cas le requerra. Au-dessus d’icelle Notre-Dame les armoiries de France, et au-dessoulz celles desdits deffunctz. ; et le tout rendre faiet et parfaict dedans le jour de Nostre-Dame en aoust prochain venant ; et ce moyennant la somme de quarante livres tournois que lesdis exécuteurs seront tenus et ont promis payer audict Masquillot à mesure qu’il fera ledict ouvraige ».

Ce document nous fait connaître le nom de l’un des rares tailleurs d’images qui existaient à Chàlons dans le cours du XVIe siècle.

La ville de Chàlons n’ayant jamais eu de commune organisée et indépendante, il n’existait au XVe siècle qu’un semblant de municipalité et un semblant d’hôtel de ville, et par conséquent point de beffroy, le clocher de Saint-Alpin en tenant lieu. Les comptes de la ville nous apprennent qu’en 1427 il fut payé « aux marguilliers d’icelle église et pour le clerc qui sonne la cloche du guet, pour monter et descendre ceulx qui font le guet sur les murs, la somme de six livres tournois pour ung an ». C’était également au clocher de l’église Saint-Alpin que l’on plaçait accidentellement un guetteur avant 1417, époque où il en fut placé un au clocher de la cathédrale et un au clocher de Saint-Pierre. En 1375 il est payé à Janson de Sarry 16 sols 6 deniers « pour neuf jours estre sur le clochier de Saint-Alpin pour voir si aucunes gens de compagnie approchent Chaalons. »

Haut de porte - Eglise Saint-Alpin

Le cimetière entourait l’église. Tout le terrain formant aujourd’hui la rue Saint-Alpin et même plus anciennement celui des maisons qui y sont établis, appartenaient au cimetière. Plusieurs contrats stipulent que les maisons situées en ce lieu et quelques-unes du marché au blé ont une entrée et issue « sur le cimetière » (1426-1624). Aussi n’est-il pas surprenant que l’on ait trouvé et que l’on puisse trouver encore d’anciennes sépultures dans le sol de ces maisons. Ce n’est qu’en 1754 qu’un autre cimetière fut créé; il était situé à l’extrémité nord de la rue aux Oies (Gobet-Boisselle), et s’étendait sur la rive droite de la rivière de Nau vers la rue de Marne. Vendu le 28 août 1792, son emplacement appartient aujourd’hui à l’auberge du Rat-d’Eau, qui s’en est agrandie.

Il n’a existé dans la rue des Lombards qu’un petit nombre de maisons ayant porté un nom particulier ou présentant quelque chose de remarquable. Nous citerons cependant à l’entrée de la rue la maison de l’Y (1), ancienne maison de mercerie sous laquelle sont des caves à peu près semblables à celles qui existent sous la maison n° 6 de la rue de Marne et n° 1 de la rue Chamorin.

Le Quartier du Marché au blé en l'an 1625

Découvrez l’ancien plan – (cliquez dessus)

(1) On sait que dans le cours du XVIe siècle et le siècle suivant on portait des hauts-de-chausses dits à la grecque, appelés grègues, qui se liaient soit avec des aiguillettes, soit avec un noeud de ruban appelé lie-grègues. Les marchands merciers qui nous vendaient cet accessoire prirent souvent pour enseigne l’Y, sorte d’enseigne-calembourg.

Elles présentent cependant une petite différence en ce que les arcs sont ouverts à plein cintre et que les chapiteaux des colonnes centrales ne sont point sculptés, bien que le tailloir en soit très bien indiqué.

Elles nous paraissent antérieures de plusieurs années à celles dont nous avons parlé précédemment et doivent remonter à une époque quelque peu antérieure à l’an 1150. Des caves sembables existent sous la maison n » 4, qui semble avoir porté pour enseigne à l’Etoile (1471-1559). En 1723, elle est dite : « où pendait autrefois l’enseigne de l’Etoile ».

 

Extrait (Voir Bibliographie – L.Grignon)

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Bibliographie

Ouvrages utilisés sur ce site :
  • Histoire de la Ville de Châlons Sur Marne et ses monuments – L. Barbat (1854)
  • Topograhie Historique de la ville de Châlons-Sur-Marne – L. Grignon (1889)