Voir ou découvrir la ville autrement…

La traction des péniches sur le canal

Une des photos mystères du Quizz sur Châlons - Tout en imagesGérard, une précision par rapport à notre quizz : “Quizz sur Châlons – Tout en images” ?

Effectivement, Une photo mystère pose la question de l’emplacement de ce vieux fer rouillé. On ne donnera pas la réponse bien sûr ici, mais comme il n’est pas demandé de quoi il s’agit et ne l’ayant vu nulle part sur vos pages, savez-vous de quoi il s’agit ?

Comme nombre de nos lecteurs je pense et Je vous l’avoue très franchement, absolument pas. Dites-nous…

C’est un support de la ligne électrique qui alimentait les tracteurs de la Compagnie Générale de Traction sur les Voies Navigables (CGTVN).
Gérard Bianchi, auteur de cet article
Les bateaux de navigation intérieure ont d’abord descendu les rivières avec le courant puis ont été halés par les hommes, puis par des animaux, chevaux, mulets, ânes puis pour améliorer les performances par des tracteurs dont le plus grand nombre étaient électriques.

Enfin tous les bateaux furent équipés de moteurs, ce qui a amené la disparition de ce système. Débuté en 1896, il a duré jusqu’aux années 1970.

Et à Châlons ?

Roman de Georges Simenon, "Le charretier de la Providence"

La ville est au bord de la Marne (rappel maintenant que cela a disparu de son nom), cette rivière qui a été classée flottable (apte au flottage de trains de bois) n’a jamais été classée navigable et a été doublée entre Dizy et Vitry d’un canal latéral mis en service au milieu du XIXème siècle.

Un chemin de halage sur lequel circulaient hommes et chevaux le bordait sur toute sa longueur sur la berge Nord-Est du coté de la ville).

Le roman de Georges Simenon,  “Le charretier de la Providence” a ce canal et ce mode de traction pour décor. La traction mécanique a été installée d’abord sur les canaux les plus importants c’est à dire dans le nord.

Puis le système s’est étendu vers Paris et la Seine pour gagner l’est et le Rhin. Les premiers tracteurs étaient électriques sur chemin empierré (le cheval électrique) puis sur rails. A Châlons l’installation date de la fin des années 1930 et s’est faite tout de suite avec un matériel sur rail.

Châlons : L'écluse vers 1950 et un tracteur JeumontChâlons : L’écluse vers 1950 et un tracteur Jeumont

Pendant la dizaine d’années suivantes les chevaux travaillaient encore et puisque c’était possible sur ce canal on a posé la voie sur l’autre berge du coté Marne entre Vraux et Vitry. Cela évitait les conflits entre attelages et machines. Il faut dire que les exploitants de chevaux, mariniers ou pas, ont eu du mal à s’y faire. De Vraux à Condé sur la berge nord-est et de Condé à Dizy pas de voie ferrée mais des tracteurs diesels.

Châlons : L’écluse et un autre, ou le même, tracteur JeumontChâlons : L’écluse et un autre, ou le même, tracteur Jeumont

Le Tracteur est 50m devant le bateau. La voie passe sous la passerelle.Le Tracteur est 50m devant le bateau. La voie passe sous la passerelle.

Y avait-il autres types de tracteurs ?
Un tracteur Jeumont conservé (rare), mais pas à Châlons

Un tracteur Jeumont conservé (rare)…

Les électriques sur rail étaient placés sur les canaux les plus fréquentés. De nombreux constructeurs de matériel ferroviaires en ont produit.

Sur certains canaux moins navigués l’investissement de la voie n’était pas justifié et on a installé des électriques sur pneu. Enfin sur les moins fréquentés des diesels Latil ne nécessitant qu’un chemin de halage.

Mais Il y a eu aussi des autochenilles, notamment les Citroën type croisières jaune et même des chars de combats transformés après la première guerre mondiale. Toutefois à Châlons on ne trouve pas trace d’autre chose que les électriques sur rail.

Quel était l’avantage ?

La vitesse. L’homme tire une péniche à 1 km/h en moyenne, le cheval à 2 et le tracteur électrique à 4 voire 5. Là où cette logique est mise en défaut, c’est qu’à la modernisation suivante, le moteur et l’hélice, on n’a rien gagné et même perdu en efficacité puisqu’on dépense 4 fois moins d’énergie en tirant depuis la berge qu’en remuant de l’eau tout en avançant à la même vitesse.

Quelles étaient les installations chalonnaises ?

La CGTVN était une société d’économie mixte (État – Chambres de Commerce) ayant son siège à Paris. Elle avait une direction régionale à Reims et à Châlons il y avait un chef d’exploitation qui avait compétence sur plusieurs canaux depuis Reims jusqu’à la Saône. Traction diesel au delà de Vitry.

Reims : Au centre la direction régionale de la CGTVN

Reims : Au centre la direction régionale de la CGTVN

Des sous-stations, dont une à Châlons, fournissant le courant continu 600V étaient disposées tous les 20km environ (les voisines étaient Ablancourt et Condé, l’usine de relevage des eaux qui comportait une centrale électrique hydraulique à l’époque. L’eau était celle qui traverse Châlons par le Nau et le Mau et n’était rendue à la rivière qu’en aval de l’usine). A Châlons il y avait aussi un atelier d’entretien.
Rails et passerelle
Un atelier plus important était à la direction régionale de Reims.

La CGTVN était-elle la seule à exploiter ce système ?

Non. D’abord elle n’a été crée qu’en 1926 et avant c’était l’Etat, les chambres de commerce et des compagnies privées qui faisaient le travail.

Puis en 1941, la CGTVN a été titulaire du monopole de la traction et a absorbé toutes les autres organisations à l’exception notable de la zone concernant les territoires occupés par l’Allemagne avant 1920 et réoccupés pendant la deuxième guerre mondiale qui ont été exploités par la Traction de l’Est, basée à Strasbourg.

En reste t-il quelque chose ?

Oui. Le bâtiment de Châlons est encore debout à coté de l’écluse, en face de la maison éclusière mais celui de Reims a été démoli pour construire l’autoroute A4. Et puis il reste au moins ce vieux support de ligne électrique dans la culée du pont de la rue Jean-Jaurès. Et je suis sûr que les lecteurs chalonnais vont chercher d’autres vestiges. A coté du siphon du canal Louis XII il reste un pavillon en briques jaunes, hélas taggé qui a servi pour loger du personnel les années d’après la guerre.

Le pavillon près du siphon du canal Louis XIILe pavillon près du siphon du canal Louis XII

Nous ne dirons qu’une chose : Chapeau bas. Avec plaisir, nous invitons les internautes à découvrir votre site internet qui, il est vrai regorge bien sûr de traction mécanique mais aussi et surtout permet de découvrir d’autres sujets se rapportant à notre ville de Châlons…

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Bibliographie

Ouvrages utilisés sur ce site :
  • Histoire de la Ville de Châlons Sur Marne et ses monuments – L. Barbat (1854)
  • Topograhie Historique de la ville de Châlons-Sur-Marne – L. Grignon (1889)