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Histoire de la Porte Sainte-Croix à Châlons en Champagne

PORTE SAINTE-CROIX (PORTE DAUPHINE)

Ancienne Porte Sainte-CroixAncienne Porte Sainte-Croix

En 1500, la porte Sainte-Croix était encore située à l’intersection de la rue Saint-Martin, de la rue Pipie et de la rue Sainte-Croix. La rue Saint-Martin et la rue Pipie n’existaient pas alors; leur emplacement était occupé par les fossés de ville. En 1544, on projeta l’érection d’une nouvelle porte, elle fut reculée au lieu où elle est aujourd’hui.

En 1548, on en ordonna la construction en pierre : ce fut d’abord une espèce de bastion plein, demi-rond, terminé aux deux côtés par deux tourelles tenant aux remparts; vers 1609, on creusa en avant de larges fossés qui occupaient l’emplacement des quinconces des allées actuelles, et avec les terres provenant de ce creusement, on éleva devant cette porte, et y attenant, un bastion plein avec remparts dominés par une tourelle, soutenus par une forte muraille couvrant la porte, et dont les flancs allongés se rattachaient en ligne droite à la courtine. Pour sortir de la ville de ce côté, il y avait sur l’angle de ce bastion un léger pont en bois, terminé par un pont-levis. Cette fortification était disposée pour recevoir de l’artillerie.

Elle fut détruite lors de l’érection de la porte Dauphine (1). Sur l’emplacement de cette fortification on éleva, en 1770, à l’occasion du passage de la princesse Marie-Antoinette et de son mariage avec le Dauphin (Louis XVI), une nouvelle porte qui reçut le nom de porte Dauphine. Ce monument, de style lonique, est dû à M. Durand, architecte; six semaines ont suffi à son érection, mais il n’est pas terminé; il devait être surmonté des armes de France et accompagné de pavillons.

La table qui est au-dessus de la clef devait porter une inscription; parmi celles que l’on proposait et dont aucune n’a été adoptée, nous citerons celle-ci : AEternum stet ut amor (2).

(1) En 1782, on a découvert, sous le rempart compris entre la porte Sainte-Croix et la porte Saint-Jean, en face des Buttes, à dix pas de l’égout, une chapelle circulaire construite en craie ; les arcs doubleaux étaient en pierre dure. Ce monument avait intérieurement douze pieds sur douze pieds ; le mur du rempart en faisant le dossier. Au fond du monument était un autel en pierre, massif, sans moulure, sur un plan formant un parallélogramme de quatre pieds sur deux. La voûte de la chapelle était parsemée d’étoiles rouges.

Cette voûte était formée de quatre arcs doubleaux formant seulement un demi-cercle, lesquels se réunissaient au centre par une clef. La porte, de forme carrée, occupait toute la largeur entre les deux arcs, c’est-à-dire douze pieds. Par leur coupe, les pierres paraissaient avoir été taillées en forme de coin. Des contestations qui survinrent, en 1823, entre la ville de Châlons et le génie militaire, provoquèrent une lettre ministérielle qui enjoignit à la mairie de produire ses titres de propriété, sinon de cesser la démolition des remparts.

On trouva dans les archives, une ordonnance royale de 1777, qui autorisait la ville de Châlons à démolir les remparts, de la porte Sainte-Croix à la porte Saint-Jean.

Les terres provenant de cette démolition ont été employées à combler les fossés des redoutes et à niveler la route de la porte Sainte-Croix à la porte Saint-Jean. Les pierres ont été employées à la construction de la porte Sainte-Croix. La ville de Châlons, ne connaissant pas ses titres de propriété, avait demandé au roi la permission de démolir les remparts ; elle l’obtint à la seule condition que les pierres serviraient à la construction de la porte Dauphine. Ces remparts avaient été élevés à l’époque de la guerre entre François Ier et Charles-Quint (1520).
(Note communiquée par M. Liénard.)

(2) « Qu’elle dure autant que notre amour. »

 

Porte Sainte CroixPorte Sainte-Croix

On doit à l’habile ciseau de M. Lépine les trophées militaires dont la façade est décorée. Le célèbre sculpteur Pigal avait promis d’orner le côté de la ville de bas-reliefs représentant, à gauche, le dieu Mars assis, tenant en main le portrait du Dauphin (Louis XVI); à droite, Minerve tenant en main celui de Mme la Dauphine; et, sur la table saillante, au-dessus de la clef, on devait lire cette inscription :

AUGUSTISSIMAE
MARIAE ANT. JOSEPH JOAN
AUSTRIACAE
LUDOVICO AUG. DELPHINO
DESPONSAE
ANNO M.DCC.LXX. 1770.

 

Cette porte a vingt mètres de hauteur, sur une largeur égale ; l’élévation de l’arcade est de douze mètres, sur cinq de large. Les deux pavillons qui faisaient partie du projet devaient former, à l’entrée de la ville, une place ovale, et auraient bien accompagné le monument.

En suivant le rempart, à quelques mètres de la porte Sainte-Croix, on rencontrait une butte élevée, puis on arrivait à l’arche Mauvilain. Cette entrée du Mau dans la ville était défendue par le bastion Mauvilain qui existe encore, et au-dessous duquel se trouvait le batardeau dont nous avons déjà parlé ; ce batardeau était couvert par une redoute à triangle ouvert du côté de la ville. Le bastion Mauvilain dominait tous ces ouvrages et flanquait les courtines adjacentes. L’arche Mauvilain était garnie d’une vanne au moyen de laquelle on pouvait inonder la prairie environnante.

Ce point était aussi défendu par le basion de Vaubécourt, qui occupait l’emplacement de l’ancien jardin des Plantes, et qui s’ouvrait sur le rempart par la porte Chambeaux, située au pied de la butte sur laquelle se trouvait la tour Saint-Georges (1), à trente sept mètres au-dessus du niveau de la rivière que son artillerie enfilait.
De Saint-Georges au château du Marché, la courtine était garnie de petites tours. Le château du Marché, placé à l’entrée du Nau dans la ville, faisait partie du pont des Archers et le couvrait. Le pont des archers est désigné sur un plan (archives de la ville) sous le nom de pont du Jard, sans doute parce qu’il était proche de la petite porte du Jard.

Cette fortification assez compliquée se composait, sur la rive droite, d’une tour rattachée à un bastion intérieur (2), et, sur la rive gauche, d’une petite et d’une grosse tour entre lesquelles s’ouvrait la petite porte du Jard, en face du quai des Cordeliers qui, à cette époque, n’était qu’un sentier longeant le jardin du couvent. Les arches de ce pont se fermaient au besoin par des vannes que l’on appelait bondes, avec lesquelles on pouvait inonder le Jard et la plaine.

(1) Emplacement du cours d’Ormesson (2) Bastion de Chanteraine.

Extrait (Voir Bibliographie – L.Barbat)

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Bibliographie

Ouvrages utilisés sur ce site :
  • Histoire de la Ville de Châlons Sur Marne et ses monuments – L. Barbat (1854)
  • Topograhie Historique de la ville de Châlons-Sur-Marne – L. Grignon (1889)